Un léger voile s'était abattu sur elle depuis quelques jours. Imperceptible, il entravait pourtant tous ses mouvements et toutes ses pensées. Elle espérait le voir s'envoler à chaque instant, mais il restait, tenace. Malgré ses tentatives pour s'en débarrasser, il revenait toujours. Silencieusement. Délicatement.
Sous son poids, les minutes ralentissaient. Même la nature environnante semblait s'assoupir sous ce voile invisible. Quand allait-il se lever ? Certains jours, elle s'impatientait. D'autres, elle se résignait.
Son petit plaisir était d'esquiver le voile. Pour un moment seulement. Après quelques heures, elle finissait par se rendre à l'évidence : il était à nouveau là, se reposant sur elle dans une discrétion assourdissante. Oh, elle avait bien tenté de le déchirer, et même de le découper pour libérer quelque peu ses mouvements. Mais rien n'y faisait ; il était toujours présent.
Au bout d'un temps, elle se demanda si la solution n'était pas de rester complètement immobile ; peut-être que le voile allait se lasser, puis s'en aller. Engourdis sous le voile, ses membres n'avaient pas la force de protester. C'est ainsi qu'elle se pétrifia volontairement. Le voile doubla alors de volume ; il devint plus pesant. Le temps ralentit tant que l'attente n'en fut que plus longue.
Raté.
lundi 16 novembre 2015
mardi 10 novembre 2015
Mauvaise adresse
Tout avait pourtant bien commencé ; elle s'était levée sereine. C'est en sortant de la douche qu'insidieusement son cœur commença à s'accélérer. Elle se demanda si c'était l'effet du savon ; il était nouveau et sentait plutôt bon. Ou alors, serait-ce lié à ses rêves de la nuit ? Elle ne s'en rappelait pas. Sans doute que son inconscient s'en rappelait, lui.
Il était là, bel et bien là. Le stress. Agacée, elle poussa un long soupir. Pourquoi maintenant ? Elle aurait voulu passer une matinée paisible. C'était peine perdue. Voilà, ça commençait : les gestes frénétiques, les allers-retours incessants pour préparer ses affaires, le souffle court, les regards inquiets vers l'horloge murale. Bref, le stress.
Elle ne se souvenait pas avoir un programme particulièrement pénible aujourd'hui. Ce stress se serait-il égaré en elle par hasard ? Aurait-il dû atterrir chez sa voisine de palier - celle qui marche d'un pas lourd et décidé avec ses talons hauts ? D'ailleurs, à cette heure-ci, la bruyante devait sortir de chez elle en claquant la porte et dévaler précipitamment les escaliers, comme à son habitude.
Silence.
Soudain, un bruit de porte, discret. Des pas légers dans l'escalier. Elle en était maintenant convaincue : ce maudit stress s'était trompé d'adresse ! Vite, elle se prépara dans l'urgence avec une idée en tête : rattraper sa voisine pour lui rendre son stress. Elle trébucha sur une chaise et s'étala devant son chat qui suivait son ballet frénétique d'un air interrogateur.
Tornade incarnée, elle sortit en claquant la porte et dévala les escaliers, rouspétant contre ses pieds encore endormis. Une fois dehors, elle se retrouva seule, face au quartier tranquille. Seule avec son stress inexpliqué et une journée de congé.
Il était là, bel et bien là. Le stress. Agacée, elle poussa un long soupir. Pourquoi maintenant ? Elle aurait voulu passer une matinée paisible. C'était peine perdue. Voilà, ça commençait : les gestes frénétiques, les allers-retours incessants pour préparer ses affaires, le souffle court, les regards inquiets vers l'horloge murale. Bref, le stress.
Elle ne se souvenait pas avoir un programme particulièrement pénible aujourd'hui. Ce stress se serait-il égaré en elle par hasard ? Aurait-il dû atterrir chez sa voisine de palier - celle qui marche d'un pas lourd et décidé avec ses talons hauts ? D'ailleurs, à cette heure-ci, la bruyante devait sortir de chez elle en claquant la porte et dévaler précipitamment les escaliers, comme à son habitude.
Silence.
Soudain, un bruit de porte, discret. Des pas légers dans l'escalier. Elle en était maintenant convaincue : ce maudit stress s'était trompé d'adresse ! Vite, elle se prépara dans l'urgence avec une idée en tête : rattraper sa voisine pour lui rendre son stress. Elle trébucha sur une chaise et s'étala devant son chat qui suivait son ballet frénétique d'un air interrogateur.
Tornade incarnée, elle sortit en claquant la porte et dévala les escaliers, rouspétant contre ses pieds encore endormis. Une fois dehors, elle se retrouva seule, face au quartier tranquille. Seule avec son stress inexpliqué et une journée de congé.
Libellés :
c'est absurde
mardi 8 septembre 2015
La fille du quai
Sur un quai de gare, une jeune femme fume une cigarette fichée dans un porte-cigarette. Elle aspire doucement, un léger sourire aux lèvres, en fermant ses yeux lourdement maquillés. Pantalon serré, elle se dandine sur ses talons trop hauts, tout en fouillant d'une main son sac ridiculement plein. De l'autre main, porte-cigarette aux doigts, elle tient un gobelet de café froid coincé entre sa paume et son pouce.
Une vague soudaine de wagons passe avec fracas, interrompant mon observation un court instant. La jeune femme réapparaît, toujours concentrée sur sa cigarette, ignorant les autres passagers en attente autour d'elle. Soudain, sa main bredouille oblige ses yeux à plonger à leur tour dans son sac. Que cherche-t-elle ?
Distraite, je laisse errer mon regard sur les autres passagers du train, avant de revenir à la jeune femme. Elle n'est plus là. Tant mieux, me dis-je, le train va de toute façon partir. Une pointe de déception reste tout de même fichée dans mon esprit.
Le train s'en va doucement ; je le sens quitter le quai. Un dernier regard par la fenêtre. Serait-elle donc définitivement partie ? Mes yeux ne la trouvent pas. Je m'agace. Le train prend de la vitesse. Concentre-toi. La voilà. Je souris. Malgré son regard toujours perdu, elle sourit. Le train s'éloigne.
Une vague soudaine de wagons passe avec fracas, interrompant mon observation un court instant. La jeune femme réapparaît, toujours concentrée sur sa cigarette, ignorant les autres passagers en attente autour d'elle. Soudain, sa main bredouille oblige ses yeux à plonger à leur tour dans son sac. Que cherche-t-elle ?
Distraite, je laisse errer mon regard sur les autres passagers du train, avant de revenir à la jeune femme. Elle n'est plus là. Tant mieux, me dis-je, le train va de toute façon partir. Une pointe de déception reste tout de même fichée dans mon esprit.
Le train s'en va doucement ; je le sens quitter le quai. Un dernier regard par la fenêtre. Serait-elle donc définitivement partie ? Mes yeux ne la trouvent pas. Je m'agace. Le train prend de la vitesse. Concentre-toi. La voilà. Je souris. Malgré son regard toujours perdu, elle sourit. Le train s'éloigne.
Libellés :
histoires humaines
mardi 4 mars 2014
L'homme aux chaussettes trouées
Son regard
se fixa sur les chaussettes de l’homme ; du moins, ce qu’elle arrivait à
distinguer. Elle en était persuadée : elles avaient certainement des
trous ! L’homme avait un blouson élimé de partout, la figure sale et fatiguée,
le regard malicieux et des baskets ayant traversé de nombreuses fois la ville.
Il discutait
joyeusement avec son compère avachi sur le siège d’à côté. Son sourire espiègle
arborait quelques cavités dentaires qui lui donnaient l’air d’un petit garçon.
Son compagnon à l’état brumeux semblait avoir de la peine à suivre la
discussion. « Mes chaussettes, » disait fièrement l’édenté
« elles sont sèches ! Tu vois ? Et ça, malgré ces foutues
baskets trouées ! »
Ignorant
l’air interrogateur de son comparse, l’homme aux chaussettes sèches et
probablement trouées brandit fièrement un sac en plastique. « Eh, tu veux
d’la galette ? On m’en a filé une quand j’suis passé vers une boulangerie
toute à l’heure ! » Sans attendre de réponse, il enfourna une
bouchée, un sourire espiègle pendu à ses oreilles.
Levant les
yeux, il rencontra ceux de celle qui l’observait depuis quelques arrêts déjà. Elle
ouvrit la bouche comme pour parler, mais aucun son n’en sortit. Au même
instant, le tram s’immobilisa et ouvrit ses portes dans un claquement mécanique.
Souriant à son tour à l’homme qui la salua, elle se dirigea vers une sortie,
les pieds dans ses propres chaussettes trouées.
Libellés :
histoires humaines
jeudi 17 octobre 2013
Scène de tea-room (presque) quotidienne
Deux
hommes en costume dans un café. Discussion en apparence sérieuse ; l’un
est penché au-dessus de la table, le visage grave, l’autre de trois-quarts sur
sa chaise, un coude sur le dossier. Les mains gesticulent de temps à autre
devant leur visage. Les sourcils alternent entre position froncée et étonnée. Le
son de leur voix entre chuchotement et déclamation d’avocat.
A la
table d’à côté, une jeune femme laisse courir librement ses doigts sur le
clavier de son ordinateur portable. Absorbée par les cliquetis de sa machine, elle
ignore totalement les deux hommes. De sa tête s’échappent couleurs, sons et
images farfelues, un sourire détendu aux lèvres.
La
conversation des deux sérieux semble prendre une tournure formelle ; un index
tape sèchement la table, deux paumes se déposent précautionneusement sur des
papiers posés devant l’un d’eux, puis repartent de plus belle en l’air,
virevoltant devant les mines froncées des deux hommes. Finalement, des mains se
serrent et les visages s’éclairent d’un sourire victorieux.
Les
deux hommes se lèvent en poussant leur chaise. L’un d’eux se tourne pour
prendre son manteau et s’immobilise en apercevant l’autocollant apposé sur l’ordinateur
de sa voisine de café. « Oh ! Superman ! » s’écrie-t-il
soudainement. Affichant un sourire empreint de nostalgie, le visage de l’homme
perdit plusieurs années en quelques secondes. Le regardant partir et alors
qu’il n’avait pas encore franchit la porte, la jeune femme cru apercevoir ses
cheveux et ses vêtements danser dans le vent.
Libellés :
histoires humaines
vendredi 11 octobre 2013
La lutte du sommeil
Le sommeil vint, à pas nuageux, vers la femme allongée. Il tenta son approche habituelle, douce et apaisante. S'insérant vaporeusement dans l'esprit de la victime, il se heurta à l'excitation et l'angoisse déjà présentes. La partie n'était visiblement pas gagnée d'avance. Le sommeil prit son air le plus serein et entonna une mélodie douce, presque inaudible. Rien n'y fit. Le doute vint se semer lui-même dans l'esprit de l'éveillée.
Tenace, le sommeil fredonna de plus belle son air lancinant et appela en renfort quelques rêves qui passaient par là. Deux d'entre eux acceptèrent de se joindre à lui pour l'aider à endormir la jeune femme. Les trois complices encerclèrent l'excitation, l'angoisse et le doute pour les faire fuir. Dans l'action, l'un des rêves se heurta à l'excitation et fit malencontreusement émerger une idée.
Armé de son calme légendaire, le sommeil continua de fredonner sa mélodie apaisante. Il savait que, dans ces cas-là, seule la persévérance lui permettrait de triompher. Il était confiant. Un rapide calcul lui permit d'estimer le temps restant avant le lever du soleil accompagné du traditionnel concert de la vie quotidienne. Mais c'était sans compter le réveil bien trop matinal qui se mit à sonner soudainement.
Pris au dépourvu, le sommeil s'en alla, emportant les rêves avec lui. Mais ce n'était que partie remise car il allait revenir à la charge quelques heures plus tard, quand la jeune femme serait installée confortablement dans son siège d'avion.
Libellés :
c'est absurde
jeudi 31 janvier 2013
A la recherche de la motivation
Ses chaussettes trouées aux pieds, elle s’en alla à la
recherche de la motivation. Celle-ci avait disparu depuis quelques jours. Elle
commençait à s’inquiéter de ne pas la voir réapparaître. Pour plus de
confort, elle avait installé ses chaussettes dans des baskets – trouées
également. Avec un peu de chance, la motivation se faufilerait à nouveau par
ces espaces, se disait-elle.
Le supermarché le plus proche fut témoin de sa première
tentative – infructueuse, précisons-le immédiatement. Elle scrutait désespérément
les rayons aux produits colorés bien militairement alignés, mais ne vit aucune
trace de motivation. Pensant naïvement l’appâter, elle acheta un paquet de
biscuits, du lait et un cahier quadrillé.
Constatant que la motivation n’était toujours pas réapparue,
elle décida d’aller voir dans une librairie non loin de là. Elle pensait – à tort
– que certains ouvrages pourraient la mettre sur une piste intéressante. Mais
non. Cette fois, ce fut la librairie qui vit la déception s’afficher sur son
visage.
Lassée par ces recherches infructueuses, elle décida de
rentrer. Quelle ne fut pas sa surprise lorsqu’elle s’aperçut que la motivation
était bien installée sur son canapé parmi les coussins ! Elle lui demanda
où elle était partie pendant ces quelques jours. La motivation lui répondit
simplement par un large sourire.
Libellés :
c'est absurde
mercredi 12 décembre 2012
« Long John Silver » : un roman qui vous guérira du mal de mer
Pour
tout lecteur en quête d’évasion et d’histoires trépidantes, heureusement qu’on
peut compter sur ce bon vieux Long John Silver pour nous conter ses aventures
incroyables aux quatre coins des mers. Ce pirate haut en couleur créé par
Robert Louis Stevenson reprend du service grâce à Björn Larsson qui lui permet
de raconter ses mémoires, de ses débuts en tant que jeune mousse jusqu’à sa
mort.
John
Silver nous embarque avec lui sur tous les navires grâce auxquels il va voguer
pendant de nombreuses années, et nous relate de manière assez détaillée ses
aventures incroyables. Tour à tour moussaillon, marchand, esclave, ou encore
quartier-maître, le personnage fictif côtoie des grands noms de la piraterie ayant
bel et bien vécu. Il rencontre même Daniel Defoe ; l’écrivain sans
qui nombre de boucaniers et de flibustiers seraient tombés dans l’oubli ou
n’auraient simplement jamais existé.
Grande
gueule, fin conteur et ne craignant rien ni personne, John Silver débite ses
mémoires rocambolesques tel un bonimenteur, sans discontinuer, avec une
chronologie quelque peu anarchique. Lecteurs sensibles adeptes de toute
véracité s’abstenir. Même si le personnage nous agace quelque peu – sentiment
très certainement partagé avec bon nombre des protagonistes du roman – ce
baratineur nous propulse au cœur d’une époque enchanteresse où liberté,
piraterie et aventures font la loi. En somme, un bon remède contre le mal de mer et une brèche temporelle pour s'évader de notre quotidien.
Libellés :
la lecture c'est meilleur que la confiture
jeudi 29 novembre 2012
God bless this movie!
God Bless America, enfin un film qui permet de se défouler mentalement ! Jouissif
jusqu’au générique de fin, ce substitut de punching-ball est issu de l’esprit tordu
de l’agent Zed (souvenez-vous, le cinglé complètement cintré dans Police Academy) ou Bobcat Goldthwait
pour les plus ancrés dans la réalité. Une heure et demie de fantasme explosif,
soit une suite de minutes de violence gratuite pour notre plus grand bonheur.
Pour une fois, un film met à
l’honneur un parfait monsieur tout le monde, ou plutôt, monsieur personne. Oui,
Frank (Joel Murray) pourrait être votre voisin de pallier ou collègue de bureau,
un quidam qu'on croise tous les jours dans la rue sans jamais le remarquer. Son
existence terne et peu enviable va, en une seule journée, se transformer en une
cavale jubilatoire visant à éliminer des individus arrogants, égocentriques, malpolis,
égoïstes, bref, des véritables connards irrespectueux.
Roxy (Tara Lynne Barr), une Mercredi
Addams parfaite en ado révoltée et tout autant dégoûtée par cette société
individualiste irrespectueuse, rejoint la folle équipée improvisée. Un duo
quelque peu atypique sans jamais être mélodramatique. Ni gore, ni répugnant, ni
moralisateur, ni lassant, ce film permet de passer un bon moment, tout
simplement.
En toute sincérité, qui n’a jamais
rêvé d’exploser la tête de ces gosses de riches, pseudo stars, ultra-prétentieux ? Ou encore à ces singes d'adolescents dérangeant ouvertement et bruyamment
leurs voisins au cinéma ? Pendant un moment de grâce, ce film élimine ces individus qui
gangrènent impunément la société. Et ça, ça fait du bien.
Libellés :
Arrête ton cinéma
mercredi 14 novembre 2012
La solitude du réel
Une
envie soudaine d’histoires en passant devant une boutique de bandes-dessinées.
Parfait. J’entre. Le vendeur a un sourire amical derrière sa frange. Atmosphère
qui se prête à la rêverie. Flânant au fil des ouvrages, je laisse mes yeux
vagabonder de titres en images.
Un
récit illustré me plaît particulièrement. Je l’emmène vers le comptoir où trône
un petit bol de chocolats. D’un sourire de gamin timide, l’homme m’encourage à
en prendre. Mon fœtus et moi acceptons l’offre alléchante pendant que les bips
de la caisse enregistreuse résonnent paisiblement. Au nom de nos deux estomacs,
je remercie le vendeur bienveillant qui, semblant être mis en confiance par mon
ventre arrondi, amorce une discussion sur les enfants et leurs amis
imaginaires.
Forte
d’une expérience de plusieurs années au contact invisible avec des personnages inventés,
je lui soumets mes quelques observations sur le sujet. L’intéressé souhaite
faire avancer le débat et nous discutons des risques et des avantages lorsqu’il
y a partage d’amis imaginaires avec quelqu’un de bien réel.
La
méfiance s’installe lorsque le vendeur bienveillant insiste sur les noms et
caractéristiques de mes compagnons fictifs. Sachant que ceux-ci
n’apprécieraient guère de se voir affublés d’un nouvel ami sans leur consentement
préalable, je préfère clore cette discussion inattendue et me dirige vers la
sortie en saluant mon interlocuteur. Celui-ci me retourne la politesse et adresse
un sourire emprunt de mélancolie à mon ventre arrondi en lui lançant malicieusement :
« Toi, au moins, tu ne te sentiras jamais seul. »
Libellés :
histoires humaines
Inscription à :
Articles (Atom)

